QUAND LES GRANDS DE CE MONDE FELICITENT Mr O.

Publié le par frenchpuma

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  "Recevez mes félicitations les plus chaleureuses, et à travers moi, celles du peuple français tout entier". 
C'est avec ces mots, et sans me demander mon avis de citoyenne épargnée par l'Obamania qui règne chez nous depuis de trop longs mois, que mercredi matin l'omniprésident Sarkozy fut l'un des tous premiers à dégainer un message de félicitations à Barack Obama.  Voyant dans cette élection la "brillante récompense [d' ] un engagement inlassable  au service du peuple américain " (un engagement de quatre années seulement , rappelons-le) couronnant "une campagne exceptionnelle, dont le souffle et l'élévation ont prouvé au monde entier la vitalité de la démocratie américaine, en même temps qu'ils le tenaient en haleine", le satrape élyséen s'est réjoui "du choix du changement, de l'ouverture et de l'optimisme qu'a fait le peuple américain [en exprimant ] avec force sa foi dans le progrès et dans l'avenir".


Devons-nous croire qu'avec vous aussi, ensemble tout devient possible ? Près de 20 millions de Français ont déjà fait ce rêve il y a un an et demi. Depuis, la réalité a repris le dessus et le goût en est amer. Mais peu importe, car cette "élection soulève en France, en Europe et au-delà dans le monde un immense espoir. La France et l'Europe (...) y puiseront une énergie nouvelle pour travailler avec l'Amérique à préserver la paix et la prospérité du monde" et ce de manière d'autant plus efficace que le maître de l'Europe apporte à Barack Obama son  "soutien personnel" .
Mais dans la réalité la bataille d'image va être rude. Nous le verrons dès le 15 novembre prochain à l'occasion de la réunion du G20, car l'ego surdimensionné de Sarkozy ne saurait s'accommoder de la déferlante obamaniaque qui s'est abattue sur le monde et  risque de lui voler la vedette.

Tout les chefs d'Etat et de gouvernement y sont allés de leur petit message.
"Je voudrais offrir mes sincères félicitations à Barack Obama pour avoir remporté la présidence des Etats-Unis", a indiqué Gordon Brown, le Premier Ministre anglais, qui salue "une campagne inspirée, une politique stimulante avec des valeurs progressistes et [une] vision pour l'avenir", mais souhaite que la politique du nouveau Président puisse "aider équitablement les gens à traverser ces temps difficiles pour l'économie mondiale". Son homologue espagnol, José Luis Zapatero a évoqué "un triomphe porteur d'espoir et de confiance" avec l'espoir, aujourd'hui satisfait, d'être lui aussi invité au G20. La très germanique Angela Merkel s'est quant à elle brièvement réveillée dans la nuit pour connaitre le dénouement du scrutin et féliciter sobrement la victoire "historique" d'Obama... avant de se recoucher...

Mais la palme revient sans conteste à l'inimitable Berlusconi qui, tout en rappelant avec justesse qu'Obama était trop souvent présenté "presque comme un messie", a précisé sans plaisanter que ses trois principales qualités restent le fait d'être "jeune, beau et bronzé".

Des propos qui ont choqué jusqu'aux fragiles oreilles musicales de notre Première Dame. En effet, après les déclarations de son compatriote, Carla Bruni-Sarkozy s'est dite "très heureuse d'être devenue française" et, sans perdre le nord, a pris soin de rappeller que son époux est lui aussi un enfant d'immigré : "voir arriver Obama, c'est évidemment une joie immense, commente notre rossignol turinois. Pour moi, pour tous ceux qui aiment l'Amérique. Pour tous les Français, et notamment l'un d'eux que je connais assez bien". La récupération est bien devenue un sport national en Sarkoland.


Ailleurs dans le monde d'autres messages mais aussi quelques silences ont attiré notre attention. Silence de Fidel Castro d'abord qui n'est pas sorti de sa «retraite médicale» pour féliciter le vainqueur même si Marta Lomas, une de ses ministres, a rappelé que le premier pas doit venir des Etats-Unis sous la forme d'un allègement du blocus. A Bagdad et à Kaboul on salue l'entrée dans "une ère nouvelle" mais on s'inquiète du désengagement promis par Obama d'ici à 2010.  De la circonspection également du côté d'Islamabad où l'on ne se réjouit pas franchement de l'élection de quelqu'un  qui s'est dit prêt à des bombardements ciblés sur le territoire pakistanais. Une grande neutralité est notée à Moscou où Medvedev "compte de mener avec [Obama] un dialogue constructif basé sur la confiance et les intérêts mutuels", avec sûrement le secret espoir de pouvoir profiter de l'inexpérience du nouvel arrivant pour parchever la main-mise russe sur le Caucase et le pétrole de la mer Caspienne.

Dans le monde arabe on souligne un peu partout la volonté de changement des électeurs américains et on se plait à espérer un changement dans la politique extérieure américaine. Même le Hamas espère que Barack Hussein Obama "ouvrira une nouvelle page avec le monde musulman", n'en déplaise à Israël. 


Partout où l'administration Bush laisse de mauvais souvenirs les réactions sont identiques. En Amérique latine par exemple où, à l'exception de la Colombie, on souhaite aussi un revirement de la politique nord-américaine. Evo Morales et Hugo Chavez sont d'ailleurs ceux qui ont le plus chaleureusement salué la victoire d'Obama. Mais avec quel degré d'ironie ? Rappelons en effet que le bouillant leader vénézuélien s'était réjoui il y a peu de voir Sarkozy se convertir aux vertus de l'économie socialiste ! 

La joie et la fierté ont également et fort logiquement déferlé sur l'Afrique, le continent noir se réjouissant d'avoir donné aux Etats-Unis son premier président de couleur. D'où un jeudi ferié octroyé à ses compatriotes par le président kenyan Mwai Kibaki, le 6 novembre. Espérons pour le plus pauvre des continents que ce ne sera pas là le seul changement apporté par l'élection d'Obama.

Du côté de "l'axe du mal", le président iranien  Ahmadinejad a félicité jeudi Barack Obama pour son élection à la présidence du "Grand Satan", mais en lui demandant un changement radical de politique : "J’espère que vous ferez de votre mieux (...) et que vous laisserez un bon souvenir en préférant les vrais intérêts du peuple et la justice aux demandes insatiables d’une minorité indécente et égoïste". 


Au Soudan, le gouvernement dit espérer une « normalisation » des relations avec les Etats-Unis, laquelle ne pourrait, à nos yeux, se faire sur le dos du Darfour dont l'ex-sénateur s'est d'ailleurs toujours posé en ferme défenseur, ce qui lui a apporté bon nombre de soutiens médiatiques du côté d'Hollywood.


Quant aux Nord-Coréens, ils ont été bien les seuls dans le monde à ne pas bondir de joie au réveil, mercredi matin. Non parce qu'ils soutenaient Mc Cain ou parce que  l'Extrême-orient avait été épargné par l'épidémie d'Obamania qui a saisi toute la planète au cours de ces derniers mois. Mais tout simplement parce qu'ils n'ont appris l'heureux événement que le vendredi, quand la radio nationale a bien voulu l'annoncer. Doutons cependant que leur quotidien en ait été et en soit jamais bouleversé.

Réservons le mot de la fin à Kadhafi. 

Aussi cynique que réaliste, le "Guide de la Grande Révolution" a souligné que l'élection d'Obama n'est que "le début d'une victoire pour le peuple noir avant de formuler l'espoir que le nouveau Président ne soit pas assassiné comme John Kennedy ou Martin Luther King : "les types de gens qui ont tué Abraham Lincoln, Martin Luther King et Kennedy vivent toujours et sont en Amérique. Que Dieu le protège"...

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